Voir dans le noir... Mais à quel prix ?

Généralement, toute expérience scientifique, avant d'être reconnue comme innovante ou utile, se doit au moins de franchir le cap de quelques tests, qui attestent de son sérieux.
Toutefois certains apprentis sorciers, pour les uns, ou pseudos scientifiques pour les autres, n'hésitent pas à faire parler d'eux, en menant leurs expériences propres, souvent en marge de toute éthique, et, pire encore, dans le cas qui nous intéresse dans cet article, tentent (parviennent parfois), à faire via internet, ce que l'on appelle communément le buzz.
Je me devais toutefois de vous informer, de ce que deux de ces apprentis sorciers, prétendent avoir réussi à faire.

Jeffrey Tibbetts et Gabriele Licina, jeunes américains, sont des "bio hackers", comprenez par là, des personnes s'adonnant à des expériences sur l'ADN, la biologie humaine, ou encore la génétique, etc, en marge comme je le disais précédemment, de tout "encadrement" scientifique reconnu.
Toutefois, ils sont tous deux de grands amateurs de sciences, leur but étant de mettre cette dernière au service de leurs congénères.
Ils se disent adeptes du "transhumanisme", et, de la "singularité", selon laquelle, l'intelligence artificielle, serait en passe dans un laps de temps très court, de dépasser l'homme.
Jeffrey Tibbetts et Gabriele Licina, caressent le rêve d'accélérer dans tous les domaines, des progrès conduisant à une évolution exponentielle.
L'expérience menée par ces deux "savants en herbe", porte sur l'amélioration de la vision nocturne chez l'homme, le rendant selon eux nyctalope, tels les chats par exemple.
Ils n'ont pas hésité à la dévoiler sur le blog scientifique, dont ils sont conjointement les administrateurs : "Science for the Masses (SfM).
Bien entendu, si l'idée en elle-même se veut recevable en matière de démarche scientifique, il y a nettement à redire, même si le succès médiatique a été énorme.

Sans le moindre appui d'une équipe médicale, et, dans des conditions qui semblent montrer un environnement opératoire, dirons-nous douteux du point de vue de l'hygiène, on voit Jeffrey Tibbetts, le "scientifique-responsable" de l'équipe, injecter au téméraire Gabriele Licina, directement dans ses globes oculaires, un collyre de leur composition, dont on sait qu'il serait composé de "chlorine e6" (un pigment), d'insuline, et de "diméthylsulfoxyde" (DMSO).
Afin que l'efficacité de la solution, soit maximale pour générer la vision nocturne, Jeffrey Tibbetts affirme devoir utiliser 3 doses de collyre de 50 microlitres chacune.

Gabriele Licina aurait dit, je cite : "le produit fait mal aux yeux, mais ensuite, on voit mieux dans la pénombre"

Ce qui dérange la communauté scientifique, c'est qu'il n'y a pas de vérification possible, et donc logiquement pas de contradiction non plus.
Même si Gabriele Licina affirme, que peu de temps après les injections, il aurait pu, dans la totale obscurité d'un bois, et ce, en pleine nuit, (darkened area), reconnaître clairement des objets, mais également des visages connus.

La "chlorine", de la même famille que la chlorophyle, connue chez les algues vertes, (les chlorelles notamment) a la propriété d'absorber la lumière rouge.
En médecine, elle est utilisée prudemment comme "photosensibilisant" en thérapie "photodynamique" (PDT), afin de détruire par la lumière certaines tumeurs.
La molécule activée de la sorte, devient toxique pour la cellule.

L'explication technique avancée par Jeffrey Tibbetts, pour convaincre son collègue Gabriele Licina de tenter cette aventure, étant qu'il avait été fasciné, par le fait d'avoir pu observer la partie sombre de la lune, au-delà d'un terminateur, et, qu'il avait pensé qu'il serait intéressant, de parvenir à remplacer la "rhodopsine", pigment naturel se trouvant dans notre rétine, par des "porphyrines".
Jeffrey aurait ainsi avancé dans un article de son blog (SfM) en 2014, qu'il suffirait pour parvenir à cette substitution de pigments rétiniens, de cesser de consommer de la vitamine A1 (rétinol), au profit de la vitamine A2 (déhydrorétinol), présente dans des aliments qui en sont riches, et dont il détaillait la liste.
C'est dans le but unique de précipiter ce phénomène, que Jeffrey Tibbetts aurait tenté une application directe de "chlorine e6" dans les yeux de son cobaye humain.

Hélas, les deux scientifiques, dans le détail de résumé de leur expérience, n'apportent finalement rien de concret, et selon les détracteurs, sûrement encore moins de résultat scientifique cohérent.
Tout au plus y voit-on une vague référence, liée à une utilisation de la "chlorine e6" dans un essai de traitement du cancer de la vessie en 1991, ou encore une demande de dépôt de brevet visant, je cite : "à améliorer la vision nocturne et guérir la cécité nocturne" en 2012...
De quoi rester dans le flou le plus total...


Le reste du rapport de Jeffrey Tibbetts et Gabriele Licina, prêterait également à sourire, car il parle sans les citer d'un hypothétique groupe de contrôle de 4 personnes, présent durant l'intervention, de distances d'observation après injection d'une imprécision totale, (de 20 à 50 mètres) et de 100 % de réussite sur Gabriele et 33% pour les autres sujets... Quels autres ? On n'en saura pas plus...

Il eut fallu tout de même étayer les résultats avec des avis d'ophtalmologistes, des tests d'acuité visuelle réputés fiables, des tableaux, des illustrations...
En l'absence d'éléments sérieux, le protocole de cette expérience, ne peut-être considéré que comme des plus douteux.

Enfin, et bien que la presse mondiale ait décidé de reprendre généreusement dans ses colonnes, l'article du blog SfM, les scientifiques mettraient en garde contre toute utilisation de "chlorine e6", à plus forte raison dans le système oculaire, dont on connaît la fragilité, car nul n'a pas pu établir à ce jour, si elle présentait ou non, une toxicité avérée pour l'être humain...

Pour terminer, et ce, à titre purement personnel, je me permettrais d'avancer, que dans la situation présente, les deux jeunes scientifiques, dont je ne remets en rien la compétence en doute, on fait preuve d'une certaine précipitation, pour ne pas dire d'une imprudence avérée, en jouant ainsi aux apprentis sorciers, avec des produits chimiques dont on ne connaît pas les effets.


Article par Dyonisos.
(sources Futura Sciences)

Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    Betsy Lamontagne (mercredi, 08 avril 2015 17:09)

    Il y a beaucoup de gens qui ne croient pas aux bienfaits de la correction de la vue au laser. Pourtant, les bienfaits sont bien plus importants que ceux de pouvoir voir comme des chats dans la nuit.