L'alchimie, médecine interdite... Et pourtant !

Lorsque l'on parle d'alchimie, on pense immédiatement à ces personnages au physique très particulier, arborant barbe et cheveux longs, que l'on nous dépeint dans certains films historiques, tels que "les visiteurs", dans lesquels ils sont parfois rebaptisés "enchanteurs".

Puis nous vient fatalement à l'esprit, l'étrange spécialité de ces savants moyenâgeux, dont on pense qu'elle consistait exclusivement à transformer le plomb en or, et à rechercher inlassablement pour ce faire, la fameuse pierre philosophale...

Dans cet article (plus long qu'à l'habitude), je vais tenter de redorer le blason des alchimistes, en démontrant (je l'espère!) qu'ils sont fort loin du folklore qu'on leur prête, et à contrario, bien plus près de notre... Médecine moderne !!!

Les alchimistes, étaient si l'on peut dire les précurseurs de la médecine moderne, et n'avaient de cesse que de prolonger la vie de leurs congénères. Ils étaient persuadés que la santé humaine, était intimement liée à l'absence de maladies, aussi tout naturellement travaillaient-ils à l'élaboration d'un remède universel, qui puisse être selon-eux capable de guérir tous les maux. On parlait de "Panacée universelle", un mot qui n'a pas encore quitté notre langage moderne.

Bien que certains historiens, spécialistes en la matière, fasse remonter l'origine de l'alchimie, à des sociétés secrètes de l’Égypte ancienne, les premiers essais connus et répertoriés, sont attribués à un philosophe grec du IVe siècle avant J.-C. : Théophraste.

Mais, il est difficile pour nous, d'associer l'alchimie à autre chose qu'aux savants, ou "sorciers" du moyen-âge.

 

Par contre, en 1493, naissait un fameux alchimiste suisse, astrologue de surcroît, qui, n'ayons pas peur des mots, devait révolutionner la médecine de l'époque.

Il s'appelait Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim, mais est plus connu sous le nom de Paracelse.

Sans doute avez-vous remarqué, que le second prénom officiel de Paracelse est Theophrastus, tout comme son illustre prédécesseur grec...

C'est loin d'être dû au hasard, car le père de Paracelse,Wilhelm Bombastus von Hohenheim, était déjà lui-même reconnu, comme étant un alchimiste !

 

C'est dans le calme d'une abbaye bénédictine, située en suisse dans la ville d'Einsiedeln, tout au bord du lac des Quatre-Cantons, que le Père-Abbé lui-même, initia Paracelse, aux mystérieux secrets de l'alchimie.

 

Il faut savoir qu'à cette époque, la médecine traditionnelle, colportée au moyen-âge, par la médecine arabe, était strictement encadrée, par les théories de Galien et d'Hippocrate.

Paracelse, ne se reconnaissait pas dans ces principes.

 

Ensuite voyagea-t-il dans toute l'Europe, pour explorer des mines de métaux certes, mais aussi pour suivre des cours de médecine, dans diverses universités. Il se fit alors sa propre opinion, pour finir par conclure, je cite : "que les enseignements des médecins ne valaient rien".

Naturellement rejeta-t-il les théories d'Hippocrate et de Galien, et bien que nommé professeur de médecine à l'Université de Bâle en 1527, il refusa de prêter le serment d'Hippocrate !

Dès lors s'adonna-t-il, à de spectaculaires manifestions d'hostilité envers la médecine, comme le fait quelques semaines après sa nomination, de brûler en place publique, le jour de la Saint-Jean, plusieurs exemplaires de la grande œuvre du médecin arabe Avicenne (Ibn Sina), adepte des principes d'Hippocrate : le "Canon de la Médecine".

 

Les médecins traditionnels de l'époque, prônaient la "théorie des humeurs", qui consistait à administrer à un malade, un mélange extrêmement complexe, d'une multitude de plantes, produits animaux, et autres minéraux.

Il faut bien reconnaître que Paracelse, n'avait pas tort, quand il affirmait que ce procédé, même si parfois, il s'avérait efficace, ne pouvait, face à cette complexité de composition, plus jamais guérir la même pathologie, car aucun médecin, n'avait la possibilité de reproduire à l'identique la formule, aux vues des moyens de pesages, ou mesures, que permettaient de réaliser, les "outils de l'époque".

En outre, la classification des végétaux, et des éléments naturels, n’était pas rigoureuse.

La croyance médicale prétendait pourtant que, je cite : "plus une formule est bizarre, plus elle a de chances de fonctionner !"

La plus célèbre de ces formules s'appelait le "Thériaque", une mixture prétendument magique, un élixir, remontant à l'époque d'un Roi de l'antiquité (Mithridate), qui contenait plus de 100 ingrédients différents, dont de la chair de vipère, du venin de scorpion, du sang de fœtus, ou encore de la bave de crapaud...

On était tout de même pas loin de la sorcellerie ! Non ?

 

Paracelse en tant qu'alchimiste, maîtrisait parfaitement l'art des alliages, comprenez les techniques de fonte des métaux, et donc de leur purification, à savoir l'oxydation, ou encore la réduction.

 

Ainsi avait-il découvert, qu'en travaillant selon ces principes les métaux, ces derniers produisaient des "Sels", qui devenaient ensuite solubles dans de l'eau. Il inventa donc ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de "solutions buvables". Pas mal pour l'époque non ?

 

Fort de ses multiples découvertes, Paracelse fut rapidement convaincu, que chaque objet terrestre possédait en lui un "esprit volatile", qu'il baptisa la "cinquième essence des choses", ou terme plus connu de nos jours "quintessence", dérivé de "quinte-essence".

 

Il supposait, que chaque élément terrestre, plante, minéral, substance, etc... Avait à une époque, peut-être au moment de la création de l'univers, existé sous une forme pure, et surtout, non contaminée.

Il continuait en prétendant, qu'au fil du temps, un élément quel qu'il soit, se chargeait d'impuretés, diminuant, éradiquant même, toutes ses vertus curatives.

De là à dire, que s'il parvenait à "retrouver l'état de pureté originelle" d'un élément, il en ferait une substance capable de guérir toutes les maladies, il n'y avait qu'un pas...

 

Encore une fois se montra-t-il original, en prônant la "monothérapie", consistant à n'administrer qu'une seule substance à la fois, en contradiction totale, avec la "polypharmacie" (mélanges complexes évoqués plus haut), "marque de fabrique" si l'on peut dire de Galien et Ibn Sina.

 

À l'époque, on cria au scandale, bien que l'on doive reconnaître aujourd'hui, que les principes de Paracelse, prônant l'administration d'un seul produit purifié, sont à l'origine quoi qu'on en dise, de la découverte des premiers traitements médicaux modernes et efficaces...

 

Hélas, Paracelse était avant tout alchimiste, et sans le savoir, il commença à utiliser des substances, dont on sait à présent qu'elles sont hautement toxiques, comme l'or, l'antimoine, le plomb, ou encore le mercure.

 

Pourtant, les "sels de mercure" que fabriquait notre alchimiste, furent adoptés, comme traitement officiel de la syphilis.

Ce fut une véritable catastrophe, les effets sur les patients traités au "sel de mercure", furent absolument épouvantables...

 

Mais un des disciples de Paracelse, le médecin italien Girolamo Facastoro, disait ceci en 1530, je cite :

" il faut sans hésitation, étaler cette mixture sur le corps, et en couvrir entièrement la peau… Recommencer dix jours de suite, pour constater très vite, que les ferments de la maladie se dissolvent d’eux-mêmes, dans la bouche du patient, produisant un flot dégoûtant de salive"

 

En fait, nous savons parfaitement à présent, que cette "hyper-salivation", était due au fait, que le corps cherchait par tous moyens, à se débarrasser de cet affreux poison !

Bien que nombre de patients "mouraient guéris", pourrait-on dire, le traitement continua à être appliqué durant des siècles, et chose incroyable, on trouvait encore dans les années 50, des comprimés à base de mercure et digitale, employés comme diurétique.

 

Par contre, nombre de médications, cette fois efficaces et sans effets secondaires, furent élaborées, en suivant strictement, les principes de purification inventés par Paracelse...

 

En voici quelques-uns :

 

[Le traitement de la malaria, à partir de la racine de quinquina rapportée au XVIIe siècle par les Jésuites d’Amérique du Sud et qui, purifiée, produit un alcaloïde d’importance majeure en médecine : la quinine.]

 

[Le traitement de la dysenterie, grâce à la purification de la racine d’ipeca, en 1648 par William Piso, un médecin hollandais qui revenait du Brésil.]

 

[Le traitement de la douleur et les antitussifs à base de codéine (dérivée de la morphine), grâce à la purification de l’opium qui produit la morphine, au XIXe siècle.]

 

La liste est longue, vous vous en doutez bien...

 

Quant au "pauvre" Paracelse, malgré les décès répétés des patients traités selon ses principes, il continua d'affirmer que, je cite : "toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ! Seule la dose détermine ce qui n’est pas poison."

Et il ajoutait, je cite : "si les patients meurent empoisonnés au mercure, au plomb, ou à l’or, ce n’est pas parce que le mercure, le plomb et l’or sont toxiques en soi, c’est uniquement parce que la dose administrée, était trop élevée !"

 

On sait bien sûr aujourd’hui, à quel point ce principe est faux.

 

Enfin, excellent chirurgien (pour son temps), Paracelse eut son heure de gloire, quand il préconisait de maintenir les plaies propres, au lieu, comme le conseillait la médecine arabe, de faire souffrir les malades, en détergeant, ou en brûlant les chairs.

Paracelse, préférant utiliser la "mumie", un composé à base d’huiles essentielles, ou encore, les procédés alchimiques, tels que les sels d’argent, dont les qualités antiseptiques ont été prouvées par la suite.

 

Les scientifiques s'accordent à dire, que l'audace de Paracelse déboucha, sur une moisson miraculeuse de découvertes, qui nous pouvons l'affirmer, ont révolutionné le sort de l’humanité.

 

Toujours est-il que Paracelse était avant tout un formidable humaniste avant l'heure, et pour appuyer ce propos, je terminerais en citant un extrait de ce qu'il dit avant sa mort :

"Le médecin doit aimer les hommes, car on ne peut point aimer la médecine sans aimer les hommes. Il se doit d’être honnête, responsable, et conscient de ses responsabilités."

 

Et il terminait ainsi...

 

"Je recommande à tout médecin digne de ce nom, de ne pas être âpre au gain, de mépriser le superflu et la fortune, de voir quelquefois des malades gratuitement. Le médecin ne doit pas trop se vanter… Il doit savoir ce que veut la nature, et qu’elle est le premier médecin."

 

On ne saurait mieux dire !

 

Article par Dyonisos.

(Sources Santé-Nature-Innovation et recherches diverses sur internet)

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Commentaires : 2
  • #1

    Montijn33 (vendredi, 01 juillet 2016 16:58)

    Autant il est étonnant que l'intelligence de M. Paracelse ne lui est pas permis de comprendre qu'il fallait arrêter d'administrer des "poisons" à ses patients autant il faut reconnaître qu'il était un surdoué de l'époque.
    Mon cher Dyonisos bravo pour cet article; il fallait le trouver.

  • #2

    Gerard A (samedi, 02 juillet 2016 09:03)

    EXCELLENT travail...... Je garde pour l'étudier de plus prêt!!