Greffer une tête sur le corps d'un donneur... Mythe ou réalité ?

Je le répète souvent, ceux qui lisent mes articles l'ont probablement constaté, certaines expériences scientifiques, dépassent parfois l'entendement, en tout cas peuvent-elles choquer les consciences.
On ne peut pas tout accepter sous couvert de la science, et fort heureusement, ce que l'on appelle l'éthique médicale, permet très souvent de mettre un frein à des agissements, qui dépassent le cadre d'expériences, menées dans un but autre que celui de soulager l'humanité, ou d'améliorer le quotidien de patients qui souffrent.
Par contre, certaines de ces expériences, peuvent diviser la communauté scientifique, et il n'est pas rare de rencontrer des sommités, dont les avis divergent du tout au tout...
L'article que je vous propose aujourd'hui, rapporte un de ces dilemmes, je me garderai d'apporter un avis personnel, qui n'aurait rien de judicieux d'ailleurs, préférant que vous vous fassiez votre propre idée...

Avant tout, peut-être, avez-vous entendu parler des travaux du neurochirurgien américain, le Professeur Robert White de la Case Western Reserve University de Cleveland aux États-Unis, qui avait dans les années 1970, réussi sur le singe "Rhésus", une greffe de tête, sur un corps qui n'était pas le sien !
"Rhésus" avait survécu à cette opération durant 36 heures, dont 3 passées en demeurant éveillé, avant de décéder.
Chose extraordinaire, l'animal avait conservé tous ses sens (odorat, ouïe, goût, vision).
Par contre, il était resté paralysé, car le Professeur White, n'avait à l'époque aucun moyen, procédé, ou composant, permettant à la tête de se "connecter" correctement à la moelle épinière du corps du donneur.
Eh bien sachez qu'en juin 2015, à l'occasion du prochain congrès de l'Académie américaine de chirurgie neurologique, à Annapolis dans le Maryland, un éminent neurochirurgien italien, Sergio Canavero, de l'Université de Turin, passionné semble-t-il par le sujet, devrait présenter un projet de greffe de tête, sur le corps d'un donneur !
Il compte bien convaincre la communauté scientifique, de la crédibilité du protocole de l'intervention chirurgicale, en attirant l'attention sur le fait, que cette fois, il aurait trouvé le moyen, je cite : "de faire fusionner la moelle épinière du receveur, avec celle du donneur."
Un détail prépondérant selon Sergio Canavero, pour mener à bien ce type d'opération.
Il aurait déclaré, je cite :"aujourd'hui, nous avons les techniques pour accomplir cette reconnexion, car, des travaux ont montré que des substances chimiques, telles que le polyéthylène glycol (PEG) et le chitosan, induisent la fusion des fibres nerveuses, ou axones coupées. Nous pourrions ainsi, grâce à cela, reconnecter plus de 50 % des axones."
Très sûr de lui, il aurait rajouté, je cite : "de plus, il est avéré, que la connexion de 10 % seulement de fibres descendantes, (du cerveau vers le corps) de la moelle épinière, suffit pour rétablir le contrôle volontaire de la motricité."
D'ailleurs, le neurochirurgien qui est également Directeur du groupe Advanced Neuromodulation à Turin, aurait publié l'essentiel de son projet de transplantation, et même le déroulé de l'intervention, dans ce que certains appellent une "obscure revue scientifique", la Surgical Neurology International, pour ne pas la nommer...

Même si le docteur Canavero assure, qu'il n'a élaboré sa méthode, que dans le but unique de rendre une vie quasi-normale, à des patients tétraplégiques par exemple, on ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec un autre médecin, de fiction celui-là, le sinistre docteur Frankenstein...
D'autres spécialistes se font déjà les détracteurs du neurochirurgien, ou du moins se veulent-ils moins optimistes.
L'un d'eux, Zohreh Amoozgar, expert en PEG à l'université Harvard (Cambridge, États-Unis), dont les travaux sont d'ailleurs cités dans la publication de Sergio Canavero , nuance quelque peu l'optimisme de ce dernier.
Il aurait déclaré, je cite : "les chitosan et PEG (voir plus haut) sont certes capables de connecter les nerfs périphériques avec succès, sans perte substantielle de fonction. Néanmoins, pour la moelle épinière, il faudrait y associer des sutures chirurgicales."

Un autre grand spécialiste, Ignacio Anegon, Directeur de l'unité Inserm-Centre de recherche en transplantation et immunologie de Nantes, aurait déclaré, je cite : "le problème majeur reste le rejet du greffon, car, les organes principaux du système immunitaire du corps, (moelle osseuse, rate et ganglions) réagiront contre le tissu composite, (muscles, peau, cerveau...) qui constitue la tête"
Il aurait également rajouté, je cite : "la solution passerait certes, par des traitements anti-rejet, bien maîtrisés aujourd'hui, mais il faut garder présent à l'esprit, que les greffes ont une durée de vie limitée. Enfin, au bout d'un temps variable, les traitements peuvent ne plus suffire."
Ignacio Anegon appelle donc à la mesure, et termine son propos en disant, je cite : "il manque des résultats sur une dizaine de singes, avec des traitements immunosuppresseurs, pour voir leur survie à long terme."

Enfin beaucoup pensent, qu'il faille également tenir compte, des freins psychologiques, la perspective d'une greffe de tête, effrayant plus que toute autre.

Sergio Canavero estime enfin, qu'une fois obtenue l'autorisation d'un comité d'éthique et des fonds étant débloqués, l'opération prendrait à peine deux ans pour être mise sur pied.
Avant de lancer sur un ton légèrement provocateur, je cite : "les Russes m'ont convié cet été, à présenter mon hypothèse devant de riches mécènes".


Ci-dessous, le déroulement de l'intervention chirurgicale, détaillée en 4 étapes, par le docteur Sergio Canavero lui-même, tout en gardant l'essentiel du procédé secret.

1- Deux équipes travaillent en parallèle sur un receveur tétraplégique et un donneur en état de mort cérébrale. La première équipe refroidit la tête du receveur à 15 degrés (hypothermie), ralentissant le métabolisme du cerveau pour qu’il ne subisse pas de dégâts durant la période où il ne sera pas irrigué.

2- On dégage les muscles et les vaisseaux sanguins du cou, la trachée et l’œsophage. La thyroïde est conservée. Puis c’est l’incision simultanée des moelles épinières à l’aide d’une lame ultrafine.

3- La tête du receveur est transférée sur  le corps du donneur, et, immédiatement, les axones de la moelle épinière (10 % seulement sur des milliers mais suffisamment pour retrouver une motricité, affirme Canavero) sont reconnectés, grâce au mélange PEG-chitosane, ainsi que toutes les parties sectionnées.
Un traitement immunosuppresseur est ensuite mis en place.

4- Un nouvel homme est né !

S’il survit, conclue le neurochirurgien, et souhaite avoir des enfants, sa descendance sera en réalité celle du donneur mort...


Article par Dyonisos.


(Sources : Sciences et Avenir)



ATTENTION !!! La vidéo ci-dessous, présentant succinctement une partie des travaux du Professeur Robert White, pourrait choquer la sensibilité de certaines personnes.


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Commentaires : 2
  • #1

    Betsy Lamontagne (dimanche, 01 mars 2015 11:29)

    Tout ceci me fait peur plus qu'autre chose. L'homme a toujours voulu remplacer Dieu, être Dieu. C'est une démarche dangereuse et inutile.

  • #2

    bouddica (mardi, 03 mars 2015 09:42)

    Perso, je ne regarde pas la vidéo...
    "Un donneur en état de mort cérébrale"... Je ne comprends pas cela. Car si le cerveau est 'mort' le chirurgien ne pourra pas le ressuciter... si ? Et dans le cas où ce cerveau ne serait pas mort, n'est-ce pas tuer une personne que de lui couper la tête ?
    Je n'aime vraiment pas cette "expérience" qui me paraît irrespectueuse de l'être humain. Et de la vie telle qu'elle nous est donnée.